Ereinté

« … ce pays est sans leçons. Il ne promet ni ne fait entrevoir. Il se contente de donner, mais à profusion. Il est tout entier livré aux  yeux et on le connaît dès l’instant où l’on en jouit. Ses plaisirs n’ont pas de remède, et ses joies restent sans espoir. Ce qu’il exige, ce sont des âmes clairvoyantes, c’est-à-dire sans consolation. Il demande qu’on fasse un acte de lucidité comme on fait un acte de foi. Singulier pays qui donne à l’homme qu’il nourrit à la fois sa splendeur et sa misère ! La richesse sensuelle dont un homme sensible de ce pays est pourvu,  il n’est pas étonnant qu’elle coïncide avec le dénuement le plus extrême. Il n’est pas une vérité qui ne porte avec elle son amertume. Comment s’étonner alors si le visage de ce pays, je ne l’aime jamais plus qu’au milieu de ses hommes les plus pauvres ».

Albert Camus in Noces – L’été à Alger

Un peu plus tard, le sommeil dépassé, l’oeil a retrouvé la canne, le fil, le toucher subtil  qui cherche parmi les brouteurs des rochers de quoi manger ou vendre.

Et puis, il faudra remonter

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19 réflexions sur “Ereinté

  1. http://trainsurtrainghv.wordpress.com/wp-admin/post.php?post=894&action=edit est le lien que je vous propose de ce blog où une de mes amies et moi_meme signalons nos appétits et nos réflexions . C »était justement ce jour là sur Camus qu’Evelyne apprécie pour son écriture et son humanisme… Je relis moi-même ces jours -ci Noces. Il y a des lignes admirables sur la joie…
    J’aime l’élégance de votre blog.
    Cordialement.Huguette GALANTE

    • Le lien que vous me communiquez me conduit à ceci : « Vous n’avez pas l’autorisation de modifier ce contenu. » Voulez-vous vérifier ?
      Merci « voisine » pour votre appréciation. Je suppose que vous n’avez pas déposé sur le banc « Les Noces »…
      A quand le prochain don de lecture ? Je veille mais n’ai rien trouvé.

  2. Encore une jolie coïncidence, après Ferré, voilà Camus…
    Ce livre là, justement, « Noces, suivi de l’été »…
    Totale fascination pour ces écrits, et envie d’aller voir…
    Alors plus tard, bien plus tard, quand mon mari a été muté au Maroc, c’est à ce livre là que j’ai pensé, en me disant que j’allais le comprendre mieux. Bien sûr, c’était l’Algérie, mais c’est au Maroc que je l’ai relu, sur une plage semblable à celle ci…

  3. Beau texte de Camus (dont j’avoue, à ma grande honte, mal connaître les écrits).
    Je ne pense pas que vivre dans le dénuement suffise à donner une force morale, une vraie force de vie. C’est parfois vrai (comme les gens dont tu parles dans l’article et dans les commentaires) mais il arrive aussi que l’extrême pauvreté engendre l’aigreur, la rancoeur …
    Par contre, je suis certain qu’une vie trop facile, trop aisée, ne permet pas d’atteindre cette force et ce coeur musclé dont tu as parlé (j’aime bien cette expression que tu as utilisée).

    • L’homme (AC) est (était) à la hauteur de ces écrits, c’est remarquable ! Si vous ne deviez n’en lire qu’un, lis
      les « Noces » et puis la bio (pas du tout indigeste) de Herbert R. LOTTMAN « Albert Camus » dans la collection « Points ».
      Quant à la seconde partie de ta réflexion, le dénuement dans nos sociétés occidentales est une mise à mort lente.
      Là-bas (au Maroc et sur le continent africain, voire ailleurs mais je ne connais pas), les valeurs de partage,
      d’hospitalité persistent encore (pour combien de temps, je ne sais) dans le monde rural, surtout. Est-ce lié
      à la foi (celle du « charbonnier »), aux traditions et coutumes antérieures à l’islamisation ? La solidarité reste
      une vertu, un devoir accepté pleinement, librement, gratuitement, une réjouissance partagée par celui qui donne et celui qui
      reçoit.

  4. Merci pour cette beauté généreuse et humaine
    et les mots de Camus extraits du plus beau de ces livres (à mon sens)

    • Pas facile matériellement, c’est certain ! Par contre, ils (elles) sont costauds physiquement, des poumons et des mollets bio,
      un coeur très musclé :-), au sens propre et figuré. Ce sont des pompes à oxygène. A propos, ce pêcheur (Abdelkader) est le papa
      d’Halima

      • Merci Frédérique pour tes explications. Heureusement que ces personnes ont la santé pour travailler et ce papa a une bien jolie fille comme je l’avais déjà dit 🙂

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